TERRASSE À ROME

En 1639, à Bruges, Meaume, un eau-fortier tombe follement amoureux de Nanni Veet Jakobsz, une jeune fille de 18 ans, fille d’un orfèvre-juge électif de la ville.

Amour naissant et timide, puis passion éclatante, de rendez-vous secrets en rendez-vous discrets orchestrés par la servante de Nanni, les deux tourtereaux se feront, un jour, néanmoins surprendre sur le fait par Vanlacre, le fiancé de la belle jouvencelle.

Fou de jalousie, Vanlacre jette à la figure de Meaume une fiole d’eau-forte. La belle reçoit quelques éclaboussures sur la main, mais Meaume est à jamais défiguré par l’acide.

Le sieur Veet Jakobsz précipite le mariage de sa fille, mais le fiancé jaloux a décidé maintenant d’achever son oeuvre de vengeance en tuant son rival. Prévenu à temps par son aimée, Meaume quitte Bruges précipitamment et après quelques escales en Europe, trouve refuge à Ravello sur les hauteurs du golfe de Salerne.

En 1643, il a rejoint Rome et installe son atelier de gravure dans une maison de deux étages dont la terrasse couverte, domine les pentes du Mont Aventin. Meaume sera le disciple de Claude Gellée dit Le Lorrain dont il retiendra la délicatesse pour travailler les paysages.

Fui par les autres pour son apparence hideuse, fuyant lui-même sa propre image, Meaume le graveur, le plus souvent dissimulé sous un immense chapeau de paille, vit sa propre réclusion en se réfugiant en lui-même, nous livrant au fil de chapitres souvent très courts, sans lien nécessaire les uns avec les autres, ses réflexions d’artiste, d’homme blessé, d’homme amoureux, d’ami trahi, de créateur au sommet de son art et de disciple des plus grands de son temps.

Terrasse à Rome a reçu le 26 octobre 2000, le Grand prix du roman de l’Académie française. Les jurés du Quai Conti en se prononçant ainsi en faveur du livre de Pascal Quignard ont récompensé un ouvrage tout en non-dits ou plutôt ici, en non-écrits.

La plume de Pascal Quignard cisèle les 47 chapitres comme autant de gravures à la fois déroutantes et fascinantes. Le lecteur est envoûté par une prose toute en finesse dont il voudrait parfois se dégager, mais dont il reste inéxorablement prisonnier.

Le regard voudrait se détacher du texte, mais il demeure fasciné comme on peut l’être devant le jeu de nuances subtiles, les gradations de lumière diffuse, les représentations lyriques ou oniriques des oeuvres du maître de Meaume, Le Lorrain.

Un livre pour initiés qui enchantera les amateurs du genre et étonnera les autres.

Terrasse à Rome... une oeuvre de Quignard tout en clair-obscur.

Terrasse à Rome
Grand prix du roman de l’Académie française 2000
Pascal Quignard
Collection « Blanche »
168 pages – 2000
Gallimard

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2000