VECTOR

Depuis le 11 septembre 2001, les experts en matière de terrorisme en général et de bio-terrorisme en particulier, sont unanimes : l’heure n’est plus à se demander s’il y aura un jour une attaque bactériologique d’envergure dans le monde, mais seulement : Où ? et Quand ?

Dès les premières pages de «Vector», le dernier roman de Robin Cook, j’ai cru avoir fait un bon en arrière de quelques semaines.  Des mots désormais bien trop familiers  : spores, charbon, bacillus anthracis, enveloppe, courrier, poussière blanche, système de ventilation…  flottaient à nouveau devant mes yeux.  J’avais l’impression de revivre les tragiques événements qui nous avaient tous inquiétés les semaines précédentes : le courrier contaminé au bacille du charbon…  Je n’ai pu alors m’empêcher de vérifier la date du dépôt officiel du texte original dans sa version anglaise : 1999…  Une fois encore, la triste réalité avait donc rejoint la plus folle des fictions puisque — deux ans auparavant — un auteur avait imaginé avec une parfaite maîtrise, une intrigue qui, maintenant, collait si douloureusement avec l’actualité…

Le Dr Jack Stapleton est un des médecins légistes de la ville de New York.  Au matin du 18 octobre, lorsqu’il arrive au Bureau de médecine légale, il ignore encore que son premier «client» est mort en moins de 48 heures, foudroyé par une grippe compliquée d’une pneumonie.  C’est du moins le diagnostic provisoire qui figure dans le dossier médical de Jason Paparis : un diagnostic qu’on lui demande justement de vérifier.  La virulence de l’affection a en effet surpris le médecin de garde qui a soigné le patient aux Urgences.

Depuis le cas de peste qu’ils avaient jadis découvert lors d’une autopsie, Jack et son assistant, Vinnie Amendola, sont prudents; ils vont donc revêtir leur combinaison étanche avant de commencer leur travail.  En prenant connaissance du dossier médical de Paparis, Jack a appris que ce dernier faisait le commerce en gros de tapis.  Sa petite société, la Compagnie corinthienne de tapis, dont il était le seul et unique employé, les importait directement de Grèce et de Turquie. 

Mais Jack ignore par contre une chose d’importance : quelques heures avant qu’il ne ressente les premiers symptômes, Paparis a reçu une bien étrange enveloppe au contenu non moins surprenant : une carte pliée qui, une fois ouverte, a brusquement laissé échapper des petites étoiles multicolores métallisées et une légère poussière qui l’avait fait éternuer.

De quoi est mort Paparis ? Est-il un cas isolé relié uniquement à une contamination professionnelle ? Ou la première victime d’une attaque délibérée inscrite dans le cadre d’une action bioterroriste concertée ?

Dans une autre salle, son amie et confrère, le Dr Laurie Montgomery s’est occupée d’un jeune skinhead, Brad Cassidy, dont le corps horriblement mutilé, prouve la sauvagerie et la détermination dont il a été victime.  Cassidy appartenait-il à une de ces milices d’extrême droite dont on craint un coup d’éclat, comme par exemple une action terroriste ?  Était-il ami avec Curt et Steve ?  Ces deux amis d’enfance, miliciens convaincus et vétérans de la Guerre du Golf maintenant reconvertis en soldats du feu semblent particulièrement intéressés par l’immeuble fédéral Jacob Javits où travaillent plus de 6000 personnes et dont les locaux reçoivent chaque jour plusieurs milliers de visiteurs ?

Pendant que Jack se penche sur le corps de l’importateur de tapis, Youri Davydov roule au volant de son taxi, vers sa petite maison de Brighton Beach, la tête perdue dans ses pensées et ses projets…    Cet émigré russe est originaire des confins de l’Oural, plus précisément de Sverdlovsk, une ville dont le seul nom est un véritable signal d’alarme aux oreilles de ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux armes bactériologiques.  Lorsqu’il a quitté la petite mère  Russie, sa Rossiya-matochka, il travaillait depuis plus de dix ans en qualité de technicien en biotechnologie, dans une entreprise d’État perdue en Sibérie, et connue sous le nom de Vector…

L’intrigue est menée d’une façon vertigineuse, sans temps mort.  En effet, même si le lecteur s’est rapidement fait une petite idée sur les causes réelles du décès de Jason Paparis, il sera tenu en haleine d’un bout à l’autre du livre par l’horrible suspense qui continue à planer jusqu’à la toute fin…  Les pages s’enchaînent aux pages et le sablier du temps continue de laisser couler inexorablement ses grains de sable qui pourraient bien représenter, ici, les dernières minutes de la vie de milliers voire de millions de personnes…

Robin Cook a inséré à la fin de son roman des notes fort intéressantes sur le bio-terrorisme qui attiseront sans doute votre curiosité et vous inciteront peut-être à poursuivre votre recherche dans une documentation plus complète. 

En terminant, l’auteur nous invite à ne pas attendre pour agir qu’un événement similaire à celui qu’il vient de nous narrer, survienne…  C’était bien évidemment avant le 11 septembre 2001…  Aujourd’hui, si nous voulons réagir adéquatement à ce type de folle réalité, nous savons qu’il va falloir nous préparer à répondre à ce qui n’était jusqu’alors que la plus invraisemblable des menaces et qui n’est plus désormais, que la plus insidieuse d’entre toutes : la menace bactériologique.

Robin Cook est au thriller médical ce que Tom Clancy est au thriller technologique : un maître absolu en la matière.  Et ce n’est pas son nouveau et excellent roman, «Vector» qui va vous faire changer d’avis. 

Vector
Robin Cook
Traduit de l’américain par Dominique Peters
464 pages — 2001
Albin Michel


© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2002