AMOUR ANONYME

Pendant un quart de siècle, Olga Lorski a partagé clandestinement la vie amoureuse d’Henri Grenier.  Elle était son Amour anonyme.

D’autant plus anonyme que Lucie Grenier, l’épouse, ignorait tout de son existence et qu’Olga, il est vrai, n’avait rien fait pour sortir de l’ombre de sa passion pour Henri.

Mais aujourd’hui, Henri n’est plus… Et même s’il s’est éteint dans ses bras, même si c’est elle qui a été à ses côtés jusqu’à la fin, son anonymat a perduré au-delà de la disparition de l’être chéri.  L’Amour anonyme a rarement droit aux condoléances et aux sympathies emphatiques et attristées…

La souffrance émotionnelle de la clandestinité, le rôle souvent capital mais parfois cruel du lien téléphonique et l’acuité obsédante de son silence certains jours, sont autant de balises de la vie de ces femmes de l’ombre, de tous ces amours anonymes.

Olga va retrouver toutes ces émotions qu’elle connaît trop bien dans quelques feuilles — elles aussi anonymes — abandonnées près d’un téléphone public de l’Aéroport Charles-de-Gaulle. 

Lors de la parution d’Amour anonyme, en mars dernier, la maison d’éditions montréalaise, Les Allusifs, venait tout juste de fêter son premier anniversaire.  Et ce dernier mérite d’être souligné à sa juste valeur, car cet éditeur nous propose en effet, au fil de ses publications, des ouvrages de qualité et d’un intérêt littéraire incontestable.  Mais surtout, cette jeune maison d’éditions nous offre une exceptionnelle ouverture vers des horizons littéraires plus lointains en nous permettant de découvrir des auteurs de toutes origines.

Tecia Werbowski en est un bel exemple.  Née à Prague, cet auteur qui a émigré au Canada il y a maintenant quelques décennies, partage désormais sa vie entre sa lointaine ville natale et Montréal, sa ville d’adoption.  Amour anonyme est son cinquième roman et le deuxième publié aux Allusifs, après Prague, hier et toujours paru en 2001. 

Connaît-on vraiment la réalité profonde de ceux qui nous entourent ? 

Un thème déjà abordé avec toujours la même finesse, par Tecia Werbowski, dans Prague, hier et toujours.  C’est la question que le lecteur d’Amour anonyme ne manquera pas de se poser en découvrant que cette passion de l’ombre qu’Henri Grenier avait pris tant de soin à dissimuler à son épouse, n’était pas un sentiment qui lui était inconnu, puisqu’elle aussi était dans sa vie sentimentale, l’amour anonyme de quelqu’un…

Avec cette écriture précise et délicate qui m’avait séduite dans Prague, hier et toujours, Tecia Werbowski nous entraîne dans l’intensité d’une vie : celle d’Olga, entre passé, présent mais aussi, futur.  Ne croyez surtout pas qu’il s’agit une mièvre histoire d’amour, point du tout.  Amour anonyme se lit avec cette avidité que l’on a lorsqu’on lit un roman policier.  Le suspense d’une vie n’est-il pas après tout, l’un des plus intenses…

Lors de ma récente entrevue avec Tecia Werbowski, j’ai rencontré une femme chaleureuse au charisme incontestable et j’ai par dessus tout apprécié sa personnalité chatoyante et passionnée. 

Car la lecture d’Amour anonyme et de Prague, hier et toujours, m’avait déjà fait découvrir Tecia Werbowski et aimer en elle cet écrivain dont l’écriture va à l’essentiel, un écrivain intense au talent subtil.

Amour anonyme
Tecia Werbowski
Roman
Traduit de l’anglais par Émile et Nicole Martel
90 pages  — 2002
Les Allusifs

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2002