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OSTENDE
22 novembre 1963, banlieue de Montréal, Québec. JFK, — pas le président, mais l’autre, le nôtre, le Jean-François Kelly du roman de François Gravel, — essaie de résoudre, sous l’œil sévère de son professeur de mathématiques, les difficiles exercices qu’elle a soumis à sa persévérante logique… Il ne sait pas encore que ce 22 novembre le marquera à jamais et surtout, qu’il va signifier le début de son éveil idéologique, lui dont la vie s’écoulait jusqu’ici, tranquillement dans un petit bungalow d’une traditionnelle banalité, entre un père, courtier d’assurances, et une mère, infirmière. Dès les premières pages, nous entrons de plein pied dans le quotidien du jeune adolescent et de ses amis de toujours, Jacques et Pierre-Paul. Leurs vingt prochaines années vont devenir, sous la plume habile de François Gravel, la trame surprenante d’un fascinant roman où vont se mêler pour notre plus grand plaisir : amitiés, amours, rêves et désillusions, idéaux et réalités, grandes envolées idéologiques, engagement révolutionnaire et autres ingrédients d’une jeunesse libérée, anticonformiste, militante et révoltée contre la Norme pour tout ce qu’elle représente. Ostende est en fait, bien plus qu’un simple et excellent roman. C’est une fresque saisissante, à la fois tendre et ironique, drôle et sérieuse, émouvante et comique de toute une époque : celle des années 60-80, ces années étonnantes et parfois un peu échevelées, ces années riches d’aventures repoussant toujours plus les limites… une époque durant laquelle la quête et l’espérance d’un bonheur universel dans un monde renouvelé semblaient sur le point de déplacer les montagnes. Avec brio, François Gravel brosse le portrait inoubliable de toute une génération, avec ses forces et ses faiblesses, ses grandeurs et ses travers, sa symbolique et son ridicule, ses contradictions et ses certitudes. Mais Ostende est tout sauf un livre ennuyeux. Lorsque j’ai refermé ce roman, je n’ai eu qu’un reproche et un seul, à faire à son auteur : celui de n’avoir écrit que vingt années de la vie de son JFK. Lui qui venait de me tenir en haleine pendant près de 350 pages aurait réussi sans l’ombre d’un doute à me passionner encore pendant un tome ou deux. Ostende est en effet un de ces livres qu’on n’arrive pas à refermer en cours de lecture et qui piège votre intérêt jusqu’à la toute dernière page. Si vous avez raté en 1994, la publication de l’édition originale de cet excellent roman, les éditions Québec Amérique en le rééditant dans un format compact pratique et agréable à lire, vous offre une seconde chance : surtout ne la laisser pas passer ! Ostende ©
Alexandra S. Holstein |