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LA
FERME AUX OLIVIERS
Les plus doués d’entre eux — côté plume, s’entend — nous livrent régulièrement le récit de leurs tribulations méditerranéennes avec enthousiasme, signant ainsi, généralement, des succès de librairie. Une certaine candeur — peut-être feinte — s’y retrouve souvent, mêlée parfois chez quelques-uns d’entre eux à un agacement de bon aloi face aux us et coutumes de la population locale dont les plus exotiques leur semblent tout à fait incongrues voire extravagantes. Parmi les plus connus, Peter Mayle, un ancien publicitaire, nous a fait découvrir au début des années 90, — dans Une Année en Provence et Provence toujours — le paisible petit village du Lubéron sous le charme duquel son épouse et lui-même étaient tombés. Succès quasi planétaire pour l’auteur, raz de marée touristique pour le coin idyllique qui a perdu à jamais son calme et sa sérénité, mais a gagné en contrepartie des entrées de devises à la pelle, yen compris… D’autres Britanniques ont suivi et c’est aujourd’hui au tour de la comédienne, Carol Drinkwater de nous entraîner dans le sillage de sa famille à la conquête de son rêve méditerranéen, dans un ouvrage publié aux éditions de L’Archipel : La Ferme aux oliviers Si le nom de l’auteur n’évoque rien pour vous, sachez néanmoins que Carol Drinkwater est une des comédiennes du théâtre anglais les plus populaires pour avoir — entre autres — joué du Shakespeare et du Wilde sous la direction des plus grands, comme Laurence Olivier… un nom prémonitoire peut-être… ! Elle est apparue sur le grand écran au début des années 70, en interprétant le rôle de l’infirmière Feeley dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick, figurant depuis lors au générique de quelques longs métrages. Elle a participé également à plusieurs séries télévisées dont la très célèbre série de la BBC, All Creatures Great and Small dans laquelle elle interprétait le rôle de Helen Herriot. La Ferme aux oliviers n’est pas son premier livre, car Carol Drinkwater qui est également une scénariste appréciée par la critique, en a déjà signé quelques-uns y compris des romans jeunesse. La Ferme aux oliviers est le récit autobiographique des toutes premières années de l’auteur et de sa famille, chiens compris, au domaine de l’Appassionata : 4 hectares en friche sur les hauteurs de Mougins, dans l’arrière-pays cannois et une demeure presque centenaire, jadis bourgeoise mais aujourd’hui fort décrépite. De passage dans la région pour assister à un festival professionnel, Carol Drinkwater et son compagnon, Michel, un producteur de télévision, ont eu un coup de foudre immédiat pour la vieille dame envahie par les ronces et son oliveraie abandonnée. Mais leur vie commune est récente et leurs finances assez serrées. Et l’Appassionata va engloutir, avant même son achat, toutes leurs économies dans le dessous de table plutôt gourmand exigé par Mme B. la propriétaire. Tant pis, car désormais leur rêve a un nom : Appassionata. Carol Drinkwater écrit au temps présent dans un style alerte. Tous les quiproquos nés de sa méconnaissance de la langue de Molière ou des méandres de l’administration française et du maquis de sa bureaucratie pointilleuse font tourner au cauchemar bon nombre de ses déplacements. Avec ironie et humour, elle nous fait vivre ses batailles contre les éléments naturels —pluies torrentielles, vents déchaînés — qui semblent vouloir venir à bout de son enthousiasme, ses angoisses lors d’un feu de forêt qui encerclant sournoisement l’Appassionata, grugera les collines et les pinèdes. Son récit, aux accents parfois de parcours du combattant, est avant tout une véritable initiation culturelle et géographique de notre aimable anglaise : escapade aux Iles de Lérins, visite guidée du monastère cistercien de la minuscule Ile de Saint-Honorat, découverte de l’histoire du Masque de Fer et du fort de l’Ile de Sainte-Marguerite, sans oublier le difficile apprentissage de la culture de l’olivier et de la fabrication de l’huile d’olive. Miss Drinkwater nous confie également ses hésitations face aux jeunes adolescentes que sont Vanessa et Clarisse, les deux filles nées du premier mariage de son mari, Michel. Elle nous fait partager ses craintes face aux surprises qui les attendent quant à l’état réel de l’architecture de leur paradis provençal avec ses fuites dans le toit, ses installations d’un autre âge, sa vétusté générale, sans oublier les insectes ou petits animaux tous plus exotiques car inconnus d’elle, qui infestent la vieille bâtisse. Comment ne pas sourire en voyant notre aimable hôtesse découvrir horrifiée l’existence des chenilles processionnaires, des sangliers et de cette race bien spéciale de promeneurs qui hantent depuis toujours « ses » pinèdes et garrigues, celle des ramasseurs de champignons… mais au fait comment reconnaître les bons des mauvais ?? Son écriture est accessible, souvent ironique, toujours tendre et, au fil des saisons et des chapitres, son amour inconditionnel pour la Provence, nous envahit de ses couleurs et de ses odeurs. Pourtant, La Ferme aux oliviers est bien plus qu’un autre récit aux senteurs de lavande. En effet, — et c’est bien là qu’est toute la différence avec les ouvrages qui l’ont précédé —, on quitte Carol Drinkwater à la dernière page, comme on quitterait une amie venant de nous raconter, avec beaucoup de spontanéité et une grande sincérité, les péripéties de sa dernière folie immobilière et de ses vacances au soleil… La Ferme aux oliviers est un livre délicieusement rafraîchissant et la chronique irrésistible du quotidien d’une Anglaise devenue Méridionale de cœur. À savourer comme une lampée d’huile d’olive…. Et puis, si jamais, Miss Drinkwater, vous vendez un jour l’Appassionata… faites-le moi savoir, car moi aussi je suis tombée irrémédiablement sous son charme… La
Ferme aux oliviers ©
Alexandra S. Holstein |