LES COULEURS DU CRIME

Paris Samille…  un nom qui vous laisse peut-être rêveur mais dont se serait bien passé la charmante jeune femme qui en a hérité.  Elle le déteste franchement. Elle lui préfère et de loin, Sweeney, un surnom devenu au fil des années sa marque de commerce puisqu’elle signe ainsi les tableaux qu’elle peint et expose à New-York, à la Galerie Worth.

Sweeney a pourtant bien d’autres raisons de s’agacer que son patronyme.  Sa vie est bouleversée depuis un peu plus d’un an : en fait, depuis qu’elle a croisé le jeune Sam Beresford sur le parking d’un supermarché.  Rien d’étonnant à cela, me direz-vous…  pas si sûr, car lorsque Sweeney l’a rencontré, le petit garçon  était décédé d’une leucémie depuis un mois…  Bien vite, elle a commencé à ne plus se sentir très à l’aise dans sa petite ville de Clayton et a décidé de déménager vers l’anonymat rassurant des rues de New York.

Depuis son étrange rencontre avec Sam, Sweeney souffre de crises d’hypothermie souvent sévères qui la laissent dans un état d’épuisement préoccupant.  Mais comment expliquer à un médecin, qu’on tremble de froid parce qu’on a croisé sur le trottoir un disparu et qu’on a fait un brin de causette avec lui !

Elle a également noté que depuis cet événement, sa façon même de peindre s’était modifiée : l’actuelle outrance de ses couleurs est bien loin en effet de la douce subtilité des teintes qu’elle utilisait dans le passé.

Lorsque le roman de Linda Howard débute, Sweeney vit désormais à New York et son sens artistique est fasciné par le visage d’Elijah Stokes, un vieux marchand de hot dogs.  Elle en est même devenue une cliente attitrée afin de mieux observer ses traits et les reproduire en douce sur son carnet d’esquisses.

Un matin, après une nuit difficile au sommeil plus qu’agité, Sweeney découvre dans son atelier, une nouvelle toile sur un chevalet.  Elle ne se souvient pas d’avoir peint cette scène empreinte d’une rare violence : c’est pourtant sa signature qui se trouve au bas du tableau.  Lorsque que notre artiste peintre apprendra l’identité réelle du sujet ainsi peint, elle comprendra aussitôt qu’elle n’est pas victime d’hallucinations, mais qu’elle possède un redoutable don de voyance.  Sweeney peint des scènes de crimes lors d’accès de somnambulisme.  Ce premier tableau prémonitoire n’est que le début d’un long cauchemar éveillé…

Mais je ne vous en dirai pas davantage afin de ne pas déflorer votre plaisir.  Sachez simplement qu’outre les dons paranormaux de notre personnage principal, la politique, le chantage, la vengeance, l’amour et un brin d’érotisme sont au rendez-vous de cette intrigue tout à fait plausible et fort bien ficelée.

Linda Howard nous offre en effet avec Les couleurs du crime, un roman à suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.  Son écriture est efficace et son style dynamique impose à l’ouvrage un rythme soutenu.  À noter que deux romans de cet auteur ont déjà fait l’objet d’une traduction en français, Mr. Perfect (2001) et La chasse est ouverte (2002), tous deux publiés par les éditions Michel Lafon.

Avec Les couleurs du crime, Linda Howard s’impose incontestablement dans ce genre littéraire et elle a suffisamment de talent, d’imagination et d’efficacité pour détrôner sans peine certaines de ses consœurs à la plume pâlissante…

Une belle soirée de lecture en perspective !

Les couleurs du crime
Linda Howard
Traduit de l’américain par Bénédicte Mayol
Roman
262 pages — 2002
Éditions de l’Archipel

© Alexandra S. Holstein
LivresPlus
Montréal, 2002