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DOCTEUR,
Et c’est bien là tout le talent de cet auteur prolifique auquel on doit plusieurs comédies pour le cinéma parmi lesquelles «Elle court, elle court la banlieue»; plusieurs feuilletons pour la télévision (française) dont les incontournables «Saintes Chéries». Et surtout, de nombreux romans irrésistibles dont le titre est à lui seul tout un programme… Jugez-en plutôt : «Vas-y Maman !», «Mais t’as-tout-pour-être-heureuse !», «Où sont mes lunettes ?», «Arrête ton cinéma !», ou encore «Chéri, tu m’écoutes ?… alors répète ce que je viens de dire», «Mon cœur, tu penses à quoi ?… à rien», «Qui c’est, ce garçon ?», «C’est quoi, ce petit boulot ?», «Arrêtez de piquer mes sous !», pour ne citer que ceux-ci. Nicole de Buron papote avec son lecteur. Elle papote même à bâtons rompus de tout et de rien, de ces petits bonheurs et malheurs de la vie de tous les jours, et de toutes ces grandes agaceries du quotidien, comme le ferait au téléphone votre meilleure amie… une amie verbomotrice de surcroît ! Le 14 janvier 2000 à 5 h 15 du matin, Nicole de Buron se dirige vers l’ancienne bergerie qui lui sert désormais de bureau, à la Micoulette, sa maison de campagne quelque part dans le Sud-Ouest de la France. Un interrupteur qui n’allume pas le lampadaire auquel il est censé être relié, car la femme de ménage l’a malencontreusement laissé débranché en partant. Et c’est la chute ! Nicole de Buron dévale allègrement les quelques dix-huit marches qui la séparent du pied massif de la lourde table de monastère qui stoppera sa tête après cette dégringolade… Ainsi se termine une journée à peine commencée. Ainsi commence son récit. Les urgences hospitalières semblent devenir son lieu de villégiature favori, les rendez-vous avec les spécialistes se multiplient, les interventions chirurgicales aussi… de salles d’opération en centres de rééducation, de séjours de courte en séjours de longue durée… Et puis, lorsque tout semble être enfin rentré dans l’ordre : on lui annonce qu’il est urgent pour elle de subir un triple pontage cardiaque ! Une consœur jalouse de son succès l’aurait-elle fait marabouter ? on pourrait presque se le demander tant le mauvais sort semble vouloir s’acharner sur notre auteur… Deux ans — et 225 pages — plus tard, Nicole de Buron est enfin remise sur pied, c’est bien le cas de le dire ici ! Tout au long de ces longs mois mouvementés, Nicole de Buron conserve sa bonne humeur et sa vivacité. Envers et contre tout : y compris lorsque ses relations se font beaucoup plus problématiques avec les agents de sécurité des aéroports lors des contrôles d’embarquement. Pas facile de ne pas faire hurler le portique de détection des métaux lorsque vos membres sont rafistolés avec des plaques métalliques et que votre corps semble être transformé en chef-d’œuvre d’Eiffel ! Elle s’insurge cependant et sort de ses gonds, lorsqu’elle doit attendre deux heures dans la salle des Urgences avant de rencontrer l’homme de l’art médical… ou quelques jours, avant de subir son intervention… Madame de Buron, si cela peut vous consoler : au Québec, vous auriez attendu non pas une heure ou deux aux Urgences, mais facilement dix fois plus. Quant à votre chirurgien orthopédiste, il vous aurait fait patienter un an voire presque deux avant de planifier enfin votre opération. Un rendez-vous en moins de six mois avec un spécialiste : un rêve presque inaccessible pour un malade québécois ! Si vous viviez ici, vous auriez dû intituler votre dernier roman « Docteur, puis-je vous voir avant 2004 ?»…. Une fois encore, son style est vif, direct. Sa verve, percutante, parfois même hilarante. Son scénario : une authentique mésaventure personnelle. Sa toile de fond : notre société, qu’elle croque avec humour et dont elle nous peint une satire savoureuse. «Rire aide à guérir» c’est ainsi que Nicole de Buron conclut son récit. Peut-être devrait-on prescrire ses livres sur ordonnance pour remplacer les antidépresseurs ! Docteur,
puis-je vous voir… avant six mois ? ©
Alexandra S. Holstein |