MAÑANA

 

En 2002, avec son roman J’ai épousé une poupée gonflable, Louis-Thomas Pelletier avait attiré mon attention et suscité mon intérêt. Il m’avait d’abord intriguée; puis il m’avait plu après m’avoir fait rire, le temps d’une centaine de pages.  Cette fois encore, il m’a séduite, confirmant avec Mañana, qu’il n’est pas seulement plein d’humour, mais qu’il a aussi un réel talent.

Fred Masson, un jeune policier fraîchement diplômé de l’École nationale de police et ignorant tout de la vie à la campagne, accepte un poste en zone rurale, poste que la petite annonce vantait comme étant permanent et ne requérant aucune expérience.  C’est ainsi qu’il débarque dans un village perdu au milieu de nulle part et au nom pas banal de St-Perpétuel.

Un coin vraiment calme, St-Perpétuel…. « zéro crime » va même lui annoncer le maire en l’accueillant.  Mais Fred va bientôt découvrir, que ce poste c’est aussi zéro équipement ou presque.  Un petit bureau dans un local poussiéreux; pas d’ordinateur, mais une vieille machine à écrire Underwood, véritable pièce de musée; un minuscule logement sans fenêtre qui n’a de fonction que le nom pompeux, car tenant plus de la cellule monacale; un uniforme d’occasion trop grand pour lui : son prédécesseur était visiblement plus massif; un révolver qui tombe en pièces; un téléphone sans tonalité; un vieux vélo en guise de véhicule de police… le sous-équipement est flagrant, le manque de confort aussi, et la liste des besoins non comblés s’allonge à vue d’œil.

Tout semble calme, bien trop calme à St-Perpétuel.  Il ne se passe rien… Puis soudain, il y a cette vieille remorqueuse rouge garée devant l’établissement bancaire du coin, la Caisse Populaire.  Un treuil, une chaîne, un guichet automatique et deux individus qui semblent s’affairer à on ne sait quoi.  Et si c’était la première enquête de notre nouveau venu?  Les « suspects » sont rapidement identifiés; ce sont les frères Maltais, Guylain et Justin, les garagistes du coin.  Deux gars pas méchants, mais pas vraiment futés qui rêvent du casse du siècle : s’emparer du guichet automatique de la Caisse Populaire locale.  Mais il y a un hic…  Le problème majeur de nos deux lascars : leur fâcheuse tendance à toujours remettre au lendemain la moindre tâche à accomplir.  Projet de vol de banque et procrastination : deux ingrédients qui ne font pas nécessairement très bon ménage. 

L’histoire est un peu loufoque, j’en conviens, mais les frères Maltais, souvent sympathiques, parfois pathétiques, sont les anti-héros rêvés pour une histoire pleine d’humour aux relents de western moderne. 

Tout comme dans J’ai épousé une poupée gonflable, on retrouve dans Mañana, au début de chaque chapitre, une citation : mais je vous rassure tout de suite, car il n’y a rien de rabat-joie dans cet exercice.  Les citations choisies sont toutes plus savoureuses les unes que les autres.  Que pensez-vous de celle-ci, signée Tristan Bernard : « La vraie paresse, c’est se lever à six heures du matin pour avoir plus longtemps à ne rien faire. »

Dans Mañana, le ton est satirique, ironique, parfois même cynique, pour nous parler d’ambition ou d’absence d’ambition, d’immobilisme, d’éthique, le tout sur fond de ruralité.  Au final, une histoire étonnante quasi ubuesque, et un livre fort divertissant, plein d’humour, qui vous déridera et vous fera passer un excellent moment.  Une chose est sûre : le nouveau roman de Louis-Thomas Pelletier est tout sauf ennuyeux.

Louis-Thomas Pelletier : un auteur à découvrir ou à redécouvrir sans tarder !

©  Isabelle Marandola
©  LivresPlus
Montréal, 2006
www.livresplus.com

Mañana
Louis-Thomas Pelletier
Roman
2006 – 168 pages
Les Intouchables